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Hébergé chez un ami ou une tante, "pas à la rue mais en galère"
information fournie par AFP 03/02/2026 à 12:04

Près de 600.000 personnes vivent en hébergement contraint chez un tiers, "faute de ressources ou de logement autonome" ( AFP / Thibaud MORITZ )

Près de 600.000 personnes vivent en hébergement contraint chez un tiers, "faute de ressources ou de logement autonome" ( AFP / Thibaud MORITZ )

Des affaires dans un box et un roulement entre les appartements de trois amis. C'est le quotidien d'une mère de famille célibataire, qui tente d'éviter de se retrouver à la rue, comme les 600.000 personnes hébergées chez un tiers en France, faute d'accès à un logement.

"On n'a plus de vie familiale, ni de stabilité à cause de cette histoire de logement. On n'a plus de vie, on tourne en rond", raconte à l'AFP Shérazade, 47 ans, qui n'a pas souhaité que son nom soit cité et n'a plus d'hébergement stable depuis deux ans et demi.

Depuis août 2024, elle et ses trois enfants changent tous les 15 jours de logement, "pour ne pas être trop pesants" pour les trois amis qui l'hébergent, moyennant environ 200 euros par mois, à tour de rôle à Paris.

"On laisse des affaires un peu partout, on doit payer un box 100 euros par mois pour stocker les affaires, comme les habits d'été. C'est plus qu'épuisant", déplore la mère de famille.

"Très mal à l'aise" de dépendre de ses amis pour se loger, elle est en revanche excédée par l'absence de soutien de l'Etat, alors qu'elle attend un logement social depuis 14 ans et qu'elle a été reconnue prioritaire DALO (droit au logement opposable) il y a 9 ans.

Comme elle, près de 600.000 personnes vivent en hébergement contraint chez un tiers, "faute de ressources ou de logement autonome", selon le 31e rapport sur le mal-logement de la Fondation pour le logement des défavorisés qui consacre un chapitre à leur situation. Ces hébergés représentent deux tiers des 1,1 million de personnes privées de logement personnel.

- Jamais chez soi -

L'hébergement chez un tiers concerne "des jeunes qui habitent chez leurs parents", "des personnes en rupture conjugale mais qui restent chez leur ex, beaucoup de jeunes qui sortent de l'aide sociale à l'enfance, des personnes qui arrivent en exil", énumère sans exhaustivité Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation.

Ne pas avoir de logement à soi pèse aussi durement sur la vie et le moral de Mohammed, un Marocain de 35 ans qui n'a jamais pu avoir de logement personnel depuis son arrivée en région parisienne en 2015.

D'abord avec ses parents dans un logement trop petit, il vit depuis 2019 chez sa tante, dans les Yvelines, qui lui fournit une chambre gratuitement.

Bénéficier d'un lit chez un proche peut être "une chance, une ressource bienvenue quand l'Etat est défaillant", explique Manuel Domergue, mais cela peut aussi se révéler source de violences - parfois sexuelles - et d'abus de faiblesse de la part des moins scrupuleux.

Vivre chez autrui, c'est avant tout ne pas se sentir chez soi et "ne pas avoir d'intimité". Et ça, Mohammed en a "marre". Agent de propreté, il travaille régulièrement la nuit. "Quand je rentre le matin, les enfants sont réveillés, donc je ne peux pas dormir, je ne peux pas vivre pour ne pas déranger les enfants".

"Je suis bloqué dans ma vie", "je suis pas dans la rue, mais je suis en galère", conclut-il.

- "Dernière marche" -

Cette situation est "la dernière marche avant la rue" et les "hébergés chez un tiers n'ont qu'une angoisse, c'est de se retrouver à la rue", alerte Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL).

Il "assiste à une explosion des situations d'hébergement contraint, avec l'aggravation constante de la crise du logement".

Shérazade voit les impacts de cette situation sur ses enfants. "Ma fille de 16 ans passe son bac cette année, je sens qu'elle a plus de difficultés que les autres années". Quant à son fils de 24 ans, il a été contraint d'arrêter son école de pâtisserie lorsque la famille était hébergée dans un hôtel social du "fin fond du Val d'Oise". "A 4h du matin il n'y a pas de moyen de transport" pour rejoindre la boulangerie du 12e arrondissement de Paris où il effectuait un apprentissage.

La mère de famille, ancienne employée dans la vente, ne parvient pas non plus à retrouver un travail depuis la naissance de son troisième enfant, âgé aujourd'hui de 4 ans. "Je n'avais pas de place en crèche" et aujourd'hui "pas de stabilité" sans logement, "je ne peux pas travailler".

1 commentaire

  • 13:51

    Faute d'accès au logement ou plutôt faute de logement ?C'est bien le droit au logement mais il faudrait que le parc disponible grandisse aussi vite que la demande (population)Encore un constat sans mesures face à la situation !


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